Grèce : une étude confirme le lien entre austérité et mauvaise santé

Grèce : une étude confirme le lien entre austérité et mauvaise santé

Quotidien du Médecin  21/02/2014

 « Le peuple grec mérite mieux. » Des Anglais publient une charge sévère contre la politique sanitaire déployée en Grèce, en réponse à la crise financière. À leurs yeux, les coupes sévères imposées au budget de la santé sont contre-productives. Plutôt que de restaurer l’accès aux soins, elles l’ont considérablement dégradé.

L’article est publié dans « The Lancet » (édition du 22 février). Les auteurs anglais sont sociologues, économistes, chercheurs. Ils ont passé en revue les différents axes de la politique de santé grecque, décidée par un gouvernement aux ordres de la Troïka (FMI, banque centrale et commission européennes).

Doublement des cas de tuberculose, retour du paludisme

Entre 2008 et 2012, le chômage est passé de 7,7 % à 24,3 %. Dans le même temps, les infections au VIH chez les toxicomanes ont été multipliées par 30. La vente de préservatifs a chuté. Dépressions, suicides : tous les clignotants sont au rouge. Rien qu’entre 2012 et 2013, l’incidence de la tuberculose a plus que doublé. Le nombre d’enfants mort-nés, autre exemple, a grimpé de 21 % entre 2008 et 2011, en raison de la restriction de l’accès aux soins anténataux. Et la malaria resurgit depuis qu’ont été réduits les programmes de lutte contre les moustiques.

Pour les auteurs de l’étude, l’austérité, quoi qu’en dise le ministre de la Santé grec, explique en grande partie la dégradation de la santé des Grecs. Des franchises s’empilent depuis 2011, qui limitent l’accès aux soins : 5 euros pour une consultation, 1 euro par boîte de médicament, 25 euros par hospitalisation (cette dernière franchise a été supprimée sous la bronca populaire). Des coûts masqués s’ajoutent, telle la hausse du coût des appels vers les secrétariats médicaux pour une simple prise de rendez-vous.

Nouveau tour de vis budgétaire en 2014

La fréquentation croissante de structures médicales alternatives confirme que la population est en souffrance. Une quarantaine de cliniques bénévoles se sont créées en quelques années, dont 12 à Athènes. Ce vendredi, la présidente grecque de Médecins du Monde lance un cri d’alarme. « La situation est extrême, on assiste à la décomposition du système, qui n’existe plus pour ceux qui ont perdu leur emploi ou pour les sans-papiers », a dit Liana Maïli.

Les politiques adoptées pour redresser l’économie grecque ont un coût très élevé pour la santé, soulignent les Anglais. La sécurité sociale grecque, dans la ligne de mire de la Troïka, doit économiser 2,66 milliards d’euros supplémentaires cette année. Le changement imposé est si brutal, que le système de santé public n’est plus en capacité de répondre aux besoins de la population, conclut « The Lancet ».

Dans un entretien accordé au « Quotidien » cet automne, le ministre de la Santé grec niait l’existence d’un lien entre les coupes budgétaires et l’état de santé de la population. Adonis Georgiadis disait avoir une priorité, la lutte contre la corruption dans les hôpitaux. « Certains médecins, pas tous, sont corrompus, et c’est pourquoi nous menons cette réforme. Nous modifierons la culture médicale, même si ce ne sera pas facile », déclarait-il notamment.

Delphine Chardon

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