Décès aux urgences de Cochin

Décès aux urgences de Cochin                           Entretien avec Gérald Kierzek

Décès aux urgences de Cochin : 1h d’attente, c’est 10% de complications en plus

Le Parisien le 20-02-2014 à 18h02 

Par Gérald Kierzek – Médecin urgentiste

Une patiente est décédée aux urgences, en zone de surveillance, à l’Hôpital Cochin (Paris 14e) le 15 février dernier. Elle était arrivée pour une plaie au pied. Pourquoi et comment cela a-t-il pu se produire ? Les coulisses des urgences par Gérald Kierzek, médecin urgentiste.

Édité par Rémy Demichelis 

La saturation des urgences est régulièrement dénoncée par le personnel hospitalier. Hôpital Cochin (LCHAM/SIPA).  

Si cette dame de 61 ans est morte dans la salle d’attente des urgences, cela prouve bien qu’on n’a pas le temps de s’occuper de tous les patients.

 Déjà, le 30 octobre, pour nous opposer à la fermeture de ce service à l’Hôtel-Dieu (Paris 1er) où je travaille, nous disions : « Faut-il attendre un mort pour agir ? »

Je ne veux pas dire que cette femme ne serait pas morte si les urgences de l’Hôtel-Dieu n’avaient pas fermé le 4 novembre. Mais on aurait pu la prendre en charge, plus rapidement. Maintenant, les urgences de Cochin récupèrent certains des patients que nous devions accueillir. Et même si leur équipe était au complet et qu’elle était investie à 200%, elle ne pouvait pas prendre soin de tout le monde.  

Des patients « fuguent » plusieurs fois par jour  

Quand on arrive aux urgences, une infirmière d’accueil attribue une priorité au malade. Pour la dame qui est décédée, c’était trois sur cinq. Autrement dit, pas une priorité immédiate. Ensuite, le patient est censé passer un examen médical. Seulement, il faut attendre parfois trois, quatre ou cinq, huit heures, voire plus. 

 Du coup, avant d’être appelé, de nombreux patients « fuguent » parce qu’ils en ont marre. J’en vois tous les jours et le phénomène est en augmentation. Donc, j’imagine que lorsque la patiente n’a pas répondu à son nom pour l’examen médical, l’infirmière est passée à autre chose, pensant qu’il s’agissait d’une « fugue ». Derrière, elle avait peut-être une quinzaine d’autres personnes à gérer.  

C’est tout à fait possible que le personnel médical soit passé à côté de cette dame sans se rendre compte qu’elle était morte. On court tout le temps, on n’a malheureusement pas le temps ou l’esprit toujours disponible.  

Ce n’est pas non plus au malade d’effectuer son diagnostic   

Sa blessure au pied n’a certainement rien à voir avec le décès. A priori, je dirais que le jugement de l’infirmière n’est pas en cause. De toute façon, ce n’est pas à elle d’émettre un diagnostic. Ce n’est pas un poste facile et de nombreuses personnes le refusent parce qu’elles ont peur de ce type d’ »erreur ».  

Ce n’est pas non plus au malade d’effectuer son diagnostic. Seulement 10% des patients qui se rendent aux urgences pourraient se contenter d’aller voir un généraliste, et le taux d’hospitalisation est de 20%. Mais il n’y a pas d’urgences graves et d’urgences pas graves ; il y a des urgences. Une fois que la personne aura passé des radios, scanners ou autres examens, on pourra dire que ce n’est pas grave. 90% des personnes arrivent avec des symptômes justifiant un passage aux urgences. Il faut arrêter de pointer du doigt les malades.  

 Si quelqu’un vient parce qu’il a mal à la poitrine et qu’il repart parce qu’il en a assez d’attendre, il est susceptible de faire un arrêt cardiaque quelques minutes plus tard. On estime qu’une heure d’attente aux urgences, c’est 10% de complications en plus. Des complications, ça peut vouloir dire un décès.

 Nous en sommes à un point où il est plus conseillé d’avoir un problème dans la rue, quand des gens sont autour de vous, quand les pompiers peuvent arriver rapidement, que dans des urgences où un arrêt cardiaque peut passer inaperçu. Ce n’est pas digne d’un pays développé.

 Propos recueillis par Rémy Demichelis

Télécharger en cliquant ici

Share to Facebook
Share to Google Plus